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Lutter contre la Pyrale et le Cylindrocladium : les conseils du chef jardinier d’Eyrignac pour le traitement des buis

Depuis plusieurs années maintenant, les buis français font face à deux adversaires redoutables : le premier est un papillon venu d’Asie, la Pyrale, le second est un champignon, le Cylindrocladium. Les jardins d’Eyrignac, connus pour leurs extraordinaires sculptures végétales sont bien sûr un terrain de choix pour le développement de ces deux maux qui peuvent conduire à la disparition totale des buis. Voici les conseils de notre chef-jardinier, Laurent Chabane, pour lutter autant que possible contre la pyrale et le Cylindrocladium.

Parterre à la Française ©Eric Sander
Parterre à la Française ©Jérome Morel
Spirale de buis et Pavillon de repos ©Jérome Morel
La basse-cour de topiaires ®JeromeMorel
Rendez-Vous aux jardins à Eyrignac
Mur d'ifs ©Eric Sander

La pyrale ou la chenille défoliatrice

Il faut être très vigilant et bien comprendre la biologie du parasite.

Les chenilles nées en fin de saison de l’année précédente, se sont protégées pour passer l’hiver (chenilles hivernantes). Dès le printemps (fin mars début avril), au démarrage des Buis, elles vont sortir de leur hibernation et vont commencer à dévorer les jeunes feuilles. La seule façon de les repérer est de bien observer ses Buis. Si vous observez des taches sombres dans la haie, c’est que des chenilles ont détruit les jeunes pousses vert tendre, laissant apparaître les feuilles de l’année d’avant vert foncé.
Déclencher le traitement dès que vous avez repérer plusieurs chenilles un peu partout. Il faut traiter tous les Buis.
A renouveler quinze jours après si vous continuez à voir des chenilles.

En saison, il va y avoir plusieurs vols de papillons. Les chenilles du printemps se sont transformées et partent à la recherche de Buis pour pondre leurs œufs. Ils peuvent faire des kilomètres.
Il faut repérer l’arrivée des papillons, pour cela nous utilisons des pièges à phéromones qui vont capturer les mâles, ils seront comptabilisés tous les deux ou trois jours. Ces pièges sont installés tous les cinquante mètres environ et posés dès la fin mai jusqu’à la fin de saison. Utilisez de préférence des phéromones à longue durée d’action.
Lorsque le nombre de captures commence à diminuer, on estime que c’est « le pic d’infestation » et le traitement doit avoir lieu impérativement entre sept et dix jours après.
Les papillons femelles fécondées peuvent pondre des centaines d’œufs et ce à chaque vol.
Ce qui permettra de détruire un maximum de chenilles juste nées et avant qu’elles ne causent de trop gros dégâts.
Toujours bien surveiller ses plantes et si vous retrouvez des chenilles, refaire un traitement environ quinze jours après le premier.
Les vols ont lieu vers début juin, juillet et août, août et septembre voire début octobre selon les conditions climatiques. Soit trois à quatre vols par an. L’opération est à renouveler pour chaque vol.
Toujours faire un dernier traitement fin septembre début octobre pour tenter de réduire le nombre de chenilles hivernantes, dangereuses pour le printemps suivant.

Le traitement est réalisé avec du Bacillus Thuringiensis variété Kurstaki ou BTk, bien lire la notice.
Il n’y a pas de traitement préventif et on ne peut détruire que les chenilles.
Nous rajoutons une huile végétale, un « mouillant », qui va coller le produit sur les feuilles et le rendre plus efficace.
Il faut bien pulvériser le produit sur toutes les faces du Buis, avec de la pression et dans un mouvement de bas en haut pour bien mouiller le dessous des feuilles, lieu de la ponte des œufs. Traitez par beau temps.

Depuis plusieurs années nous avons réussi à freiner l’invasion et à rendre les dégâts « acceptables », mais il ne faut pas baisser la garde et la vigilance doit être permanente…

Entretien des Gazons
Visite technique ®Jérome Morel
L'Allée des Vases ©Eric Sander

Cylindrocladium et Volutella : champignons sur feuillage

A Eyrignac nous sommes surtout concernés par le Cylindrocladium. Ce champignon qui s’attaque au feuillage peut entrainer la mort du Buis.
Il préfèrera des Buis en zones humides et dans un sol pauvre et compacté, arrosés sur le feuillage, trop serrés, …

La lutte est difficile et il vaut mieux prévenir que guérir.

Les méthodes culturales sont très importantes et plus elles seront appliquées, plus les Buis seront en bonne santé et donc moins susceptibles d’être malades : bonne terre, respect des distances de plantation, arrosage par goutte à goutte ou drainage si nécessaire, fertilisation organique plutôt que chimique, paillage, aération des plantes si trop denses, désinfection des outils de coupes, arracher et bruler les plantes mortes, taille de reformation pour faire redémarrer sur du vieux bois et brûlage des tailles, séchage du feuillage (au souffleur par exemple),…

Le choix de la prévention a été fait à Eyrignac, avec des produits biologiques.

  • Traitement mensuel dès mars/avril jusqu’en octobre, en pulvérisation foliaire, avec un mélange de purins d’Ortie et de Prêle plus du jus de Consoude, dilué à 20% dans de l’eau et un produit biostimulant spécial Buis.
    On en trouve facilement dans le commerce. La pulvérisation peut être refaite juste après la taille.
  • Application de ces mêmes produits, en arrosage, aux pieds des Buis, toujours dilués à 20%, au printemps et à l’automne, pour stimuler le système racinaire.

En cas d’attaque importante, ce qui peut arriver si les facteurs climatiques sont favorables, il peut être nécessaire de faire un traitement curatif.
Les produits phytosanitaires n’étant plus accessibles aux particuliers, on peut employer de la bouille bordelaise mélangée à du savon noir, qui, associés aux méthodes culturales et aux traitements biologiques préventifs donnent de bons résultats.

A faire systématiquement chaque année.

Si vos buis sont attaqués par la pyrale et le cylindrocladium

Si vous n’avez que quelques Buis, vous pouvez faire un traitement « mixte » tous les quinze jours, à base de BTk, de mélange de purins et de biostimulant, tout en respectant les méthodes culturales.

En conclusion

Contrairement à beaucoup de jardins qui ont opté pour la suppression du Buis, nous avons décidé à Eyrignac, en toute humilité, de tout faire pour les conserver, sans baisser les bras ni se résigner, car cette plante emblématique de nos jardins depuis si longtemps, le mérite bien.
Cela semble possible et les jardins d’Eyrignac en sont la preuve.

Bon courage !

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