Violette

 

 

 

Les premiers cris de grues cendrées ont résonnés dans la nuit et ce matin au réveil des dizaines, des centaines d'oiseaux survolent les jardins d'Eyrignac. L'hiver semble derrière nous et le printemps arrive à grand pas avec les premiers crocus et perce-neige. Mais pas trop de hâte car les gelées matinales peuvent encore faire de nombreux dégâts. Leur vol est toujours très spectaculaire et très géométrique, en forme de V. Le cri des grues cendrées est particulier à cette espèce et ressemble à une sorte de "grou, grou" sonore. La grue est un oiseau de grande taille, un peu plus d'un mètre avec une envergure proche des deux mètres. On ne peut les confondre avec les oies plus petites. Les grues sont de couleur grise avec une bande blanche verticale le long de leur cou. Elles se nourrissent essentiellement d'insectes mais parfois aussi, lors de leur long périple, elles peuvent se poser dans des champs pour se délecter de graines, d'herbes ainsi que de vers afin de reprendre des forces. Elles parcourent des distances considérables deux fois par an, avant les grands froids et dès les beaux jours, sur presque plus de 2500 km.

Après avoir passé l'hiver en Afrique du Nord ou au sud de l'Espagne, les migrateurs remontent vers l'Europe du Nord. Je me demande toujours comment elles arrivent à s'orienter si facilement sans la moindre technologie. Loin de tout GPS, le champ magnétique de la Terre les guide et leurs permet de s'orienter. Ces vols aussi bien organisés accroissent une efficacité du point de vue aérodynamique, à l'image du peloton du Tour de France, qui doit aussi migrer et se poser dans le Périgord, cette été. Elles économisent ainsi de l'énergie et bénéficient de l'effet d'aspiration du groupe. C'est quand même fabuleux : cet oiseau sait économiser de l'énergie pour limiter ses efforts ! La tête dans les étoiles, je scrute le ciel, quelques unes sortent du groupe quelques instants, comme perdues dans le ciel, quelques cris stridents, et les voilà qui re-intègrent le vol sans toucher leurs voisines de parcours. Le trajet peut se poursuivre jusqu'au nord.

Le printemps est annoncé, les grues vont retrouver un environnement favorable à leur reproduction tout en profitant de la durée des journées et de l'alimentation plus abondante. La magie a encore opéré même si le torticoli me guette mais ce majestueux ballet en valait la peine.

 

 

 

J'ai décidé aujourd'hui de vous faire découvrir un coin secret dans les Jardins du manoir d'Eyrignac. Mais comme tout ce qui est secret est caché, je vous invite à me suivre.

Après avoir quitté la jolie boutique, mon regard cherche les grands conifères aux douces couleurs bleutées dans le bas du jardin. Une fois repérés, je me faufile dans une petite allée ocre bordée de buis taillés. Le passage est de plus en plus étroit, je me sens comme cachée par la végétation, je poursuis mon chemin en évitant ça et là, quelques racines d'arbres centenaires. Le chemin se rétrécit, juste une petite porte sculptée dans la haie de buis me permet d'entrer dans ce petit coin secret. Je me sens dans un cocon végétal, comme protégée de l'extérieur. Voir sans être vue, percevant quelques bruits qui me paraissent si lointains. Mystère d'Eyrignac et de ses recoins. Je découvre une volière en fer forgé, sculptée et patinée avec le temps, elle est légère et ouverte. Des petits bracelets en tissus sont délicatement liés tout autour. Des doux messages d'amour sont inscrits sur fond rose, bleu ou blanc : "la vie est belle", "un jour mon prince viendra", "un peu, beaucoup, passionnément". Les mots noués sont pleins de poésie et j'imagine les échanges en liant le petit brin de tissu autour de la volière. Je me sens comme plongée dans l'Italie de la Renaissance, à Vérone, dans le jardin des Capulet.... Le roucoulement d'une tourterelle berce cet instant magique comme le son d'un violon tzigane. C'est tellement romantique, je sens que mon prince n'est plus très loin ! La rondeur de la volière et la petite taille de cet espace, accentue la douceur du moment présent. J'aperçois aussi une jolie photographie en noir et blanc de Colette, romancière et grande amatrice des jardins.

Je quitte cette espace pour m'engouffrer dans le tout petit jardin attenant, mais je m'arrête brusquement. Je me fais toute discrète pour ne pas déranger deux jeunes tourtereaux assis sur un petit banc : un valentin et sa douce. La magie d'Eyrignac et de ses jardins : le coin des amoureux prend alors tout son sens. Je rebrousse chemin discrètement en essayant de me faire toute légère afin que le bruit de mes pas ne viennent les gêner. Le romantisme de ces lieux les a, eux aussi séduits, en cette belle journée.

Les jardins semblent comme figés, l'hiver est bien installé. J'écoute néanmoins les quelques sons qui retentissent dans ce paysage endormi. Je reconnais le caquètement des poules des propriétaires des jardins d'Eyrignac. En cette saison, les pontes sont moindres et rythmées avec la durée des jours. Elles ont revêtu leur épais plumage et se délectent de la nourriture enrichie en pain et pâtes trempés. L'apport d'eau est régulier et leur couche de paille est plus épaisse pour leur permettre d'emmagasiner de la chaleur la nuit.

En étant plus attentive aux petits bruits, je me rends compte que les apparences sont trompeuses et que la vie n'est pas si loin. Les mésanges ne cessent les va-et-vient permanents en quête de baies et de petites graines présentes dans les jardins. Les rouges-gorges s'évitent tous ces passages et se posent au sol proches du poulailler pour picorer les restes oubliés. Ces passereaux utilisent les petits trous dans les murets pour pouvoir passer l'hiver plus au chaud. Je descends un peu plus bas dans les allées, j'observe le sol mais point de petites crottes noires plus ou moins effilées. C'est normal, car durant l'hiver ce petit mammifère que j'affectionne particulièrement pour sa capacité à engloutir autant d'escargots, ne pointe pas son petit nez. Le hérisson, contrairement à de nombreuses idées reçues, n'hiverne pas mais hiberne. C'est à dire qu'il rentre dès que la nourriture vient à manquer, dans un sommeil profond. Il retrouve son nid douillet qu'il s'est affairé à construire dès l'automne, un mélange de petites brindilles, de buissons, de paille et d'une bonne épaisseur de feuilles. Protégé du vent et du froid, il entre en léthargie, sorte de repos bien mérité, utilisant uniquement pour se sustenter ses réserves stockées sous sa peau durant la belle saison.

Les grenouilles ont elles aussi déserté les bassins d'Eyrignac. Plus de croassement, plus d'agitation, plus de moustique. Les mâles hibernent comme le hérisson mais en s'enterrant profondément dans de la vase afin de ne pas geler. Les femelles quant à elles, rejoignent des coins humides sous des feuilles, des souches. L'hiver, en se promenant dans les forêts, il faut éviter de bouger les branches et les écorces afin de ne pas réveiller brutalement de nombreuses espèces d'amphibiens comme les salamandres. Elles aussi sont plongées dans un gros dodo protecteur en attente de jours meilleurs.

Depuis quelques semaines, l'hiver s'est bien installé sur la Dordogne. Les Jardins du Manoir d'Eyrignac ont revêtu leurs beaux habits givrés plongeant la nature dans un repos bénéfique. La pelouse s'est recouverte d'un manteau glacé sur lequel seul le bruit de mes pas propage dans l'immensité du paysage qui se dévoile sous mes yeux. Les essences persistantes sont figées dans le givre dès les premières heures de la matinée.Le spectacle est magique et permet plus encore d'appréhender les courbures du jardin, les rondeurs des buis, la taille de la charmille. Si le froid magnifie la beauté des végétaux d'une blancheur pailletée, il est aussi bénéfique pour le jardin.

Les anciens, tout comme les jardiniers, ne me contrediront pas et les dictons sont nombreux à ce sujet : "Janvier de givre, année de fruits" celui-là me plaît bien, mais aussi "Plus il gèle en janvier, plus l'année sera féconde". Le froid est nécessaire mais doit être sec, car un froid humide brûle la plupart des végétaux. Il tue la majorité des indésirables de façon naturelle et écologique. Quoi de plus précieux que ce traitement respectueux de la nature. En effet, les périodes de gel ont une action "bénéfique" sur les oeufs, les larves et les adultes de nombreux parasites en hibernation cachés dans les sillons des troncs, protégés dans des coques sous le dessous des feuilles persistantes ou enfouis dans les premiers centimètres du sol.

Petit conseil de jardinière amatrice : brosser les troncs des fruitiers pour décoller le lichen leurs servant de cachette. Mais ce n'est pas tout, cette période de gel ressentie actuellement, est indispensable pour le réveil de nombreuses graines et bourgeons. C'est surprenant mais de nombreuses graines ont besoin d'une période de dormance durant l'hiver et de froid pour que, dès le printemps, la plantule puisse germer et donner naissance à de nouvelles vivaces pour mon plus grand plaisir. Quelques empreintes d'oiseaux se dessinent sur les murets au pied du grand bassin en quête d'eau.

Je continue vers le potager qui lui aussi est plongé dans un profond sommeil. Sous l'effet du gel, la décomposition des couches de feuilles, de paille, va s'accélérer apportant dès le printemps, l'humus pour les légumes primeurs. La neige serait bien sûr meilleure et comme le disent les jardiniers "la neige vaut un engrais". Alors j'invite le temps à jardiner et j'attends avec impatience les premiers flocons...

 Chocolats ou champignons ?

Le mois de décembre met en scène les truffes de différentes façons. Plus accessibles pour le commun des mortels, les truffes en chocolat sont faciles à réaliser soi même et représentent un grand moment de tradition et de partage familial à l’approche des fêtes : faire fondre le chocolat, se délecter des odeurs exhalées, façonner des petites boules, les rouler dans le cacao ou la noix de coco pour l’effet neige et, surtout, les déguster…. Miam, un régal !.

Mais je me détourne du sujet qui m'intéresse aujourd’hui : la Tuber Melanosporum. Quel est ce nom étrange ? Plus connue sous le nom de diamant noir du Périgord, la truffe s’invite en cette saison sur de nombreux marchés : Saint Alvère les lundis, Terrasson les jeudis, Brantôme les vendredis, Sarlat et Périgueux les samedis et bien d’autres. Mais pourquoi autant de marchés aux truffes dans le Périgord ? Tout vient de la géologie du sol,  la truffe noire a besoin d’un sol calcaire, sol largement présent sur ce territoire.

Elle a aussi besoin d’un arbre truffier. Dans le Périgord,  le chêne domine même si l’on peut rencontrer quelques noisetiers. La patience est de mise, plusieurs années sont nécessaires pour que la symbiose entre le sol et les racines des chênes donnent naissance au fruit tant convoité. Autre facteur important entrant en jeu : le climat; il est dans notre région ni trop froid, ni trop sec, ni trop humide permettant aux truffes de se développer du printemps jusqu’au mois de décembre.

Le ramassage m’a toujours fascinée,  le chien, le cochon voire la mouche sont les acteurs indispensables de la récolte. Bien sûr, un travail de dressage important est effectué par le maître avec ses animaux, excepté pour les mouches qu’il faut suivre pour trouver le trésor noir. N’ayant ni parcelle truffière, ni chien, encore moi de cochon, j’opte pour les nombreux marchés qui me permettent de découvrir des passionnés, me livrant des petits conseils pour sublimer la truffe durant les fêtes. Je déguste avec encore plus de gourmandise, le fruit de leur travail.

Quelques suggestions : oeufs brouillés à la truffe, râpée sur une tartine bien beurrée, exaltant le divin parfum des bois si caractéristique, râpée avec des pâtes fraîches accompagnées d’une petite sauce au jus de truffe ou avec un tartare de veau limousin quelques morceaux de truffes fraîches et un trait d’huile de noix du Périgord, terroir oblige ! J’en salive déjà !

Aujourd'hui, j'ai envie de vous livrer quelques petits conseils pour décorer votre intérieur à l'approche des fêtes de Noël. Le but étant de faire entrer un petit coin de forêts dans nos maisons avec des idées simples et naturelles. J'avais déjà un peu vendu la mèche lors d'un précédent article sur les sentiers botaniques d'Eyrignac, en ramassant des branchages, des baies, des pommes de pin...

Au programme : fabrication d'une couronne de bienvenue pour suspendre à la porte d'entrée et création d'un sapin original : intéressant non !
Le matériel nécessaire à la réalisation du sapin suspendu est le suivant : un petit tronc de bouleau de dix centimètres de diamètre, de la corde, une perceuse et sa mèche, une règle et une petite scie. Je commence par couper un bouleau, choisi pour son écorce bien blanche qui servira pour la structure.

Cinq morceaux sont sciés, de longueurs inégales, du plus long au plus court afin de former un triangle, représentant le sapin. La longueur du premier morceau est d'environ 1m et plus je monte vers la pointe du triangle, plus les morceaux sont petits et fins. Après les avoir percés d'un trou à 10 cm de chaque extrémité, j'enfile une corde assez épaisse me permettant de relier l'ensemble avec un espacement régulier entre chaque bout. Le sapin est créé, le montage reste un peu complexe mais le résultat en vaut la peine. Je fixe la pointe de l'ensemble en faisant un noeud sur un support en hauteur. J'ai choisi un barreau d'escalier pour suspendre la structure réalisée.

Le plus facile reste à faire la décoration : pommes de pin de différentes tailles, lichens, branches de sapin et de pin, selon les cueillettes réalisées et l'imagination. Ensuite, j'élabore la couronne de bienvenue. Je réalise un cercle avec de fines tiges de genêt à balai nouées avec de la ficelle. Je pique ensuite sur ce support les récoltes : du houx, des baies de cynorrhodon, du lierre terrestre, des bogues de châtaignes, des tiges de sapin, des fleurs d'hortensia, des fruits du chèvrefeuille. Vous pouvez aussi rajouter quelques petits fagots de cannelle, une mandarine piquée de clou de girofle pour parfumer l'ensemble rappelant les odeurs du pain d'épices. Je fais une belle boucle avec un joli ruban doré et je noue l'ensemble au crochet de ma porte.

Très bientôt un épicéa rejoindra mon intérieur et finira d'apporter la magie de Noël. Joyeux Noël à tous.

Laissant la Pagode chinoise à ma droite, je traverse la pelouse en direction du manoir. Je me faufile entre les arcades néogothiques anglaises, descends un petit escalier et je me retrouve dans la cour de la propriété, dont le sol a été fraîchement ratissé. Je me sens comme plongée dans un autre temps, l'atmosphère est calme, reposante, juste un léger clapotis du petit bassin devant moi et le vent dans les feuilles du platane en fond sonore. En face du manoir, deux petits bâtiments, quasiment identiques, le pigeonnier à gauche et la chapelle romane à droite.

L'édifice religieux est bien identifiable avec son toit surmonté d'un joli clocheton. Il est d'origine, il n'a pas subi d'incendie des frondeurs, comme le manoir au XVIIème siècle. Les proportions sont régulières : un carré camouflé par le lierre le rendant encore plus secret, percé par deux "outeaux", fenêtres périgourdines typiques. Les couleurs ocres et vertes des murs de ce lieu, sont chaleureuses et me donnent envie de le découvrir plus en détail. Je suis émerveillée par le sol en pisé : petites pierres taillées comme des galets, apportant une dimension supplémentaire à la chapelle. J'imagine le travail méticuleux des personnes accroupies posant un à un les galets. Je me sens bien, apaisée comme rassurée par l'intimité dégagée par ce bâtiment si ancien. Cependant le choix du peintre verrier apporte une touche de modernité à cet édifice religieux. Henri Guerin a su ressentir l'âme des lieux, du jardin, en créant en 1998 les vitraux lors du baptème de Gilles Sermadiras. La technique est propre à ce verrier, les vitraux sont en dalle de verre et ciment. Les couleurs extérieures du jardin sont identifiables, les ocres, bruns et verts sur l'oculus côté manoir, les verts et bleus plus soutenus en dessus de l'autel et des dégradés sur les côtés, pour les baies en plein cintre. La lumière pénètre et rehausse la chaleur du lieu.

La sérénité et l'apaisement m'emportent loin, très loin. Je me projette lors de cérémonies, une partie de la famille installée sur le mobilier liturgique, trois chaises à l'échelle des lieux; l'autre partie sur le balcon, accessible de l'extérieur après quelques petites marches, écoutant l'abbé du canton, venant célébrer un baptême aux jardins des manoirs d'Eyrignac. Je sursaute d'un coup, revenant à la réalité. Ce n'est rien, juste Artaban, le chat du manoir qui vient chercher quelques caresses...

Les sentiers botaniques à Eyrignac

Les jours diminuent, le soleil se fait plus discret, les premières gelées débutent. Je brave les éléments au petit matin pour découvrir les sentiers botaniques d'Eyrignac. Je m'équipe chaudement, la bruine est légère mais bien présente : coupe-vent, botte, sac à dos un solide bâton en châtaignier ainsi qu'un petit panier, indispensable lors de chaque sortie.

Je me dirige à gauche des bâtiments pour découvrir les 2 sentiers proposés : le bleu, une boucle de 4,5 km et le rouge, plus court, 2,5 km. Mon choix n'est pas encore arrêté puisque les 2 boucles débutent par le même sentier, large, un peu humide mais pas glissant et très accessible, autorisé aussi aux VTT. A ma gauche, je longe une immense noyeraie et à ma droite une prairie bordée de bruyères, d'aubépiniers et d'églantiers. Munie d'un sécateur, je taille quelques baies de cynorrhodons, fruits de l'églantiers et je ramasse quelques feuilles colorées. J'observe dans un calme reposant la nature qui semble comme engourdie à l'image de ce dernier bousier que je croise sur le chemin, en train de s'activer à déplacer vainement sa pelote fécale. Je suis épiée par des petits oiseaux cachés dans les branches piquantes des genévriers. J'arrive à reconnaître un troglodyte mignon, si caractéristique : petite taille et queue en épi. Je m'enfonce dans le chemin bordé par des haies de noisetiers, de prunelliers, de cornouillers sanguins. Je suis le panneau "sentiers botaniques" en montant sur ma droite, laissant le chemin de VTT. Je pénètre dans une forêt de chênes bien reconnaissables car leurs feuilles sont encore bien présentes : ocres, jaunes et marron. Des merisiers, des charmes identifiables grâce à leurs fruits, les akènes, des érables de Montpellier avec à leurs pieds, des pulmonaires officinales avec leurs longues feuilles vertes tachetées de blanc, complètent ce tableau automnal.

Les animaux ne sont pas loin : un chemin de renard sur la droite, de la terre retournée sur la gauche peut être par un blaireau ou un sanglier, animaux présents sur le domaine. Les panneaux descriptifs présentent chaque essence, de façon bien détaillée, en français ainsi qu'en anglais. J'arrive au sommet : la forêt de châtaigniers, les bogues jonchent le sol, les écureuils ont dû se servir car la plupart sont vides. Fruits, feuillages, branchages, lichens viennent remplir mon panier et me serviront pour mes décorations de Noël, je vous en dirai plus très bientôt...

http://rando.dordogne.fr/

Voilà un terme qui a toujours aiguisé ma curiosité : l'art topiaire. Petite, je l'associais au monticule de terre déplacée par la taupe durant sa recherche de vers de terre et je ne comprenais pas vraiment en quoi cela représentait un art, même si la tâche lui incombant restait bien lourde ! En grandissant, après quelques lectures et de nombreuses découvertes sur le terrain, j'ai compris que le terme de topiaire concernait la façon d'agrémenter et de sculpter le végétal. Je n'étais pas si loin avec ma petite histoire d'enfant puisque le sujet reste toujours dans la nature.

Les origines de l'art topiaire naissent avec des jardiniers romains, dont l'unique volonté était d'imiter les sculpteurs. Les principaux arbres et arbustes taillés avec cette technique sont les buis et les ifs. Les motifs commencent dès le XVIème siècle grâce à Philibert de l'Orme, architecte français revenant de Rome pour atteindre leur apogée au milieu de XVIIème siècle sous l'influence de Louis XIV avec André Le Nôtre.

Aux Jardins du manoir d'Eyrignac, cette technique est pratiquée par les jardiniers pour la taille des buis, des ifs mais aussi des charmes. Les outils mécaniques sont bannis, les cisailles, les cordeaux, les fils de plomb et les gabarits sont utilisés. Du grand art, du temps et beaucoup de patience sont nécessaires à l'entretien de ces arbustes. L'Allée des Charmes, la Chambre de Verdure, l'Allée des Vases en sont les plus belles illustrations. L'art topiaire prend alors tout son sens : tailler dans un but décoratif des plantes à petites feuilles et à port compact pour une unité de forme. Au même titre que les Jardins d'Eyrignac, d'autres grands jardins à la française honorent l'art topiaire. Les jardins de Villandry mettent en scène des ifs sculptés encadrant les plantes potagères.

Cette taille s'opère plusieurs fois dans la saison, dès le printemps et à la fin de l'été. La bonne époque se situe autour des mois d'avril-juin et août-octobre, souvent effectuée durant les mois en A. Il faut proscrire les périodes hivernales et les fortes chaleurs afin d'éviter l'entrée de maladies et fragiliser les arbres. Les formes créées sont nombreuses : rondes, cylindriques, coniques, ovales, rectangulaires, cubiques... Je me perds tant l'imagination des jardiniers est débordante. La preuve en est avec l'apparition aux jardins d'Eyrignac, d'une basse cour végétale toute proche du Jardin des Sources : les ressemblances sont époustouflantes.

L'art topiaire peut se pratiquer chez soi, après bien évidemment quelques cours et conseils avertis d'experts dispensés aux jardins d'Eyrignac. N'hésitez plus, et à vos cisailles !

Mais quel est donc ce nom étrange que l'on entend dès la fin de l'été ? C'est une grande famille que celle des Cucurbitacées. Ils sont cultivés pour leurs fruits. Plus de 800 espèces ont été référencées dont la courgette, le melon et le concombre qui en font partie. Surprenant, non ? Formes variées, saveurs uniques, couleurs originales, entrons dans l'univers de ces légumes aux apparences cocasses et parfois même effrayantes.

Historiquement, les courges sont originaires d'Amérique centrale. Les indiens consommaient les fruits mais surtout les graines riches en protéine en vitamines et en antioxydants. Nous découvrons les premières variétés grâce aux expéditions de Christophe Colomb. Depuis quelques années, elles font leur grand retour grâce à des chefs étoilés qui les remettent dans nos assiettes pour notre plus grand plaisir. Leur culture est plutôt simple mais il vous faut de l'espace car la plupart sont coureuses.

Dès la fin des saints de glace (mi-mai), vous plantez un, deux, trois ou plus, graines de l'élue dans un coin du potager; l'idéal étant un endroit riche en fumure. La culture est longue et nécessite quelques arrosages pour permettre la formation de beaux fruits. Mes coups de coeur vont au potimarron (originaire, lui du Japon), avec sa forme de grosse poire, sa couleur de peau rouge et sa chair orangée, au fin goût de châtaigne ; Le sweet dumpling plus connu sous le nom de courge Patidou, est plus petit, strié de blanc et vert, avec un saveur de noisette ; La courge spaghetti, si particulière, de forme allongée, de couleur jaune qui doit cuire longuement.

Nous ouvrons ensuite la courge une fois cuite pour racler à la fourchette des filaments dont la forme rappelle celle des spaghettis; La galeuse d'Eysines, une courge bordelaise d'une belle taille, qui fait si peur avec ses verrues et qui est pourtant si douce à la dégustation.

Dans le sud ouest et en particulier dans le périgord noir, ces légumes font partie de la gastronomie régionale : pays du canard, un velouté de potimarron s'accompagne souvent de magret séché.

Petite recette extraite du cahier des recettes de Capucine Sermadiras : parmentier de canard au potimarron des jardins d'Eyrignac.

Autre idée, peut être plus osée que je vous propose : une tarte sucrée potiron/noix, des noix du Périgord bien sûr et un joli potiron du potager.

En Auvergne, il est cuisiné avec du fromage et le grand chef Aveyronnais Michel Bras donne actuellement la part belle à la courge Spaghetti dans son menu végétal.

Et vous gourmets, gourmands, des idées de recettes ? Je suis preneuse.

 

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